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Être bibliothécaire, c’est plus qu’un métier…

Réseau des bibliothèques de la Ville de Montréal
Entrevue accordée à Jean-Louis Lorrie, parue dans Kaléidoscope (19 mai 2009)

Artisans de l’ombre, missionnaires de la liberté de pensée, polyglottes politiques et activistes communautaires sont autant de noms qui me viennent à l’esprit à la suite de la rencontre en trois temps que j’ai effectuée avec l’équipe de direction du réseau des bibliothèques de la Ville de Montréal. J’ai d’abord rencontré Michel Claveau (Chef de division – Directeur associé – Division des activités regroupées – Bibliothèques) et Louise Laborit (Directrice du réseau des bibliothèques de la Ville de Montréal) dans le cadre du cours de Réjean Savard sur les bibliothèques publiques. Ensuite, ma petite enquête pour obtenir plus d’explications à propos du métier de conseiller en ressources documentaires m’a conduite à rencontrer Luc Jodoin (Chef de division – Division de la planification et du développement du réseau des bibliothèques). Enfin, lors de l’Assemblée générale des Amis de la Bibliothèque, je suis tombée par enchantement sur Monique Khouzam, Chef de la Division des programmes et des services aux arrondissements – Bibliothèques depuis cinq ans. C’est un résumé de mon entrevue avec celle-ci que je rapporte ici.

Ainsi, par curiosité, je suis allée interroger Monique Khouzam. Je voulais savoir ce qu’elle faisait, ce qu’elle désirait et, évidemment, ce qui l’animait. Généreuse de sa personne et de son temps, elle m’a reçue en compagnie de son successeur Yvan Filion, qui la remplacera sous peu. Tous deux ont répondu à mes questions somme toute assez générales. Je cherchais un prétexte pour qu’on me parle, pour qu’on me raconte une histoire qui m’inspirerait…

À la question toute simple : « Pourquoi ce métier ? », Monique Khouzam m’explique une filiation riche de sens entre ses premières ambitions de devenir professeure et finalement, sa déviation naturelle vers le métier de bibliothécaire. En effet, il est fort à parier que les métiers de professeur et de bibliothécaire proviennent d’un amour commun. Mme Khouzam me dit, en toute simplicité, qu’il y a des richesses que certains ont et que d’autres ne partagent pas. Une conscience collective l’habite et la guide : le savoir et la culture doivent être partagés. Pour appuyer ses propos, elle n’a pas fait de déclaration grandiloquente, ni frappé du poing sur une table, mais s’est exprimée sur un ton serein qui reflète une certitude inébranlable. Je la cite : « Le métier de bibliothécaire est une vocation, une profession de foi ». À ces mots, M. Filion renchérit en parlant d’une volonté de vouloir aider, partager, donner du temps agréable, offrir un intermède à la solitude et élargir les horizons. Car, me dit Monique Khouzam, « la bibliothèque n’est pas qu’un comptoir de prêt, c’est une agora, un lieu de rencontre, d’intégration et de gratuité ». Je l’écoute et j’aime les mots qu’elle choisit, surtout « agora ». Ces trois syllabes font résonner en moi mon cours sur la République de Platon, que je ne peux dissocier du professeur qui me l’a enseigné, Georges Leroux, lui-même un professeur d’une générosité sans borne. Je me souviens qu’il m’a fallu lire beaucoup pour comprendre que la démocratie n’était pas tant le lieu où tous pouvaient s’exprimer, mais où tous méditaient à un bien commun parce qu’ils partageaient le monde. C’est aussi ça la bibliothèque.

Je lui demande, par ailleurs, ennuyée quelque peu par mes idées préconçues sur la gestion et convaincue que Mme Khouzam sera très bien placée pour m’en parler, de m’illustrer le côté « sucré » de la gestion. Elle m’affirme dès le départ qu’il y a effectivement des difficultés de recrutement au niveau des gestionnaires dans le milieu des bibliothèques. M. Filion avoue lui-même qu’il n’envisageait pas favorablement la gestion lorsqu’il était étudiant, mais, ajoute-t-il, « quand on te refuse un projet, tu saisis l’importance de la gestion ». Les deux m’ont expliqué qu’il n’y avait pas d’actions possibles sans une certaine proximité avec le pouvoir et que, pour défendre les bibliothèques, il fallait être prêt à « motiver, dynamiser et coordonner » des équipes. Les relations publiques effraient, la « paperasse » et la gestion des ressources financières tétanisent. Ces tâches ne doivent cependant pas être écartées de leur objectif premier : faire de la bibliothèque un espace incontournable de recueillement et de rencontres, d’échanges et de transmission. Certes, il faut être habile, polyvalent, dynamique et multiplier les moyens pour faire partager les principes qui forment la prémisse de l’existence même des bibliothèques, ce qui n’est pas de tout repos. Mme Khouzam insiste d’ailleurs sur le fait que si certains pensent travailler en bibliothèque pour avoir la paix, ils ne la trouveront simplement pas. Je suis conquise, les gestionnaires de bibliothèques sont de grands marins qui traversent des eaux tumultueuses pour s’amarrer sur les rives de la liberté ! J’exagère à peine…

Bref, si je n’ai donné ici qu’une petite partie de l’entrevue que m’ont accordé Monique Khouzam et Yvan Filion, c’est avec une grande joie que je suis sortie de cette rencontre. C’est sans parler des autres artisans du réseau des bibliothèques de la Ville de Montréal avec lesquels j’ai eu la chance d’échanger. La diversité de leurs responsabilités jointe à des desseins communs ont permis la formation d’une équipe solide pour chapeauter les quarante-quatre bibliothèques des dix-neuf arrondissements de la Ville de Montréal.

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